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Quel est le statut juridique des « cuvées spéciales » co-produites par plusieurs domaines viticoles ?

Quel est le statut juridique des « cuvées spéciales » co-produites par plusieurs domaines viticoles ?

Publié le : 17/11/2025 17 novembre nov. 11 2025

La recherche d’excellence et la volonté de se différencier conduisent de nombreux domaines viticoles à mutualiser leurs savoir-faire et leurs ressources afin de créer des produits uniques. La co-production de cuvées dites « spéciales » illustre parfaitement cette dynamique fleurissante.

Si elles sont le fruit d’une ambition commune, leur statut juridique nécessite une sécurisation rigoureuse des opérations entre les exploitants, afin de préserver la valeur patrimoniale et la traçabilité de ces vins d’exception.

 

Qu’est-ce qu’une « cuvée spéciale » ?



Le terme « cuvée spéciale » appartient à une catégorie de mentions valorisantes. Contrairement aux appellations protégées (AOP, IGP), ce terme n’est pas strictement réglementé, ce qui laisse aux exploitants une forte latitude pour leur stratégie et leurs partenariats.

Ces cuvées se distinguent d’une production courante par plusieurs éléments :
 
  • Un assemblage singulier, résultant d’une sélection de parcelles ou de crus rares, ou d’une réintégration de vieux vins de réserve ;
  • Une année remarquable, lorsque la vendange présente des caractéristiques exceptionnelles ;
  • Un vieillissement prolongé, supérieur au minimum légal ;
  • Un savoir-faire spécifique dû à des pratiques de vinification ou d’élevage exclusives.
 

Rappel du cadre réglementaire applicable aux vins



La valeur d’une cuvée spéciale repose sur un respect strict du cahier des charges de son appellation. En pratique, le cahier des charges encadre l’assemblage des raisins ou des moûts provenant de différentes exploitations. La co-production modifie les conditions d’élaboration du vin, ce qui impose un contrôle rigoureux afin d’éviter toute irrégularité pouvant entraîner son déclassement.

Ainsi, chaque co-production doit être contractuellement sécurisée, en prévoyant notamment :
 
  • Un engagement de conformité de chaque coproducteur, garantissant que les raisins ou vins respectent les conditions de culture, de rendement et de traçabilité ;
  • La désignation d’un responsable légal, chargé des formalités fiscales et de la traçabilité des lots produits.
 

Quelle structure juridique pour la co-production ?



Le choix de la structure juridique est déterminant pour sécuriser la collaboration et la commercialisation de la cuvée spéciale. Plusieurs options sont envisageables :

 
  • Le contrat de prestation :

Pour les coopérations ponctuelles, le contrat de prestation (ou accord contractuel de prestation) peut suffire. Un domaine vinifie ou assemble pour le compte d’un autre, appelé « donneur d’ordre » et l’acte détermine clairement la propriété, la traçabilité et la répartition des coûts de production et des recettes.

 
  • Le groupement d’intérêt économique (GIE) :

Le GIE permet aux exploitants viticoles de mutualiser certaines activités sans perdre leur indépendance. Cette structure est adaptée à la co-production régulière, mais elle implique la commercialisation commune ou le partage des moyens techniques.

 
  • La création d’une société spécialement dédiée (SARL, SAS) :

Créer une société spécifiquement dédiée à la co-production permet une meilleure gestion des achats, de la vinification et de la commercialisation sous une marque propre. En revanche, les associés engagent leur responsabilité de manière limitée.

 
  • La cave coopérative :

Si les domaines sont membres d’une cave coopérative, celle-ci peut produire ou conditionner la cuvée. Cette option simplifie la logistique liée à la production commune, tout en permettant aux exploitants de conserver leur identité.

 
  • La création d’une marque commune :

Chaque domaine peut rester producteur, mais utilise une marque collective déposée au préalable auprès de l’INPI, ce qui renforce l’identité commerciale de la cuvée co-produite.


Quelle que soit la formule choisie, les exploitants doivent prévoir, dans leur accord :
 
  • Une définition claire du produit (composition de la cuvée, cépages, lots et numéros de cuves, etc.) ;
  • Les apports et la propriété (qui apporte quoi et la propriété finale du produit) ;
  • Les opérations techniques (vinification, élevage, filtration, mise en bouteille et lieu d’exécution) ;
  • L’usage d’appellations et mentions valorisantes ;
  • Les répartitions financières incluant les coûts, recettes et bénéfices éventuels.

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